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homélie sur l'aumône - Saint Jean Chrysostome

: il est plein d'une dignité imposante, en même temps qu'il respire un tendre intérêt pour les pauvres. Saint Jean Chrysostome a traversé une partie de la ville pour arriver à l'église : il se suppose député vers les riches par les misérables qu'il a vus étendus par terre dans une saison rigoureuse; il sollicite leur compassion par le spectacle de leurs misères dont il a été le témoin.

1. Je viens remplir une ambassade aussi convenable à mon ministère qu'elle est importante et digne de toute votre attention. Ce sont les pauvres de cette ville qui m'envoient aujourd'hui vers -vous; ils ne se sont point assemblés pour me nommer leur représentant le spectacle seul de leurs misères a parlé suffisamment à mon coeur. En traversant la place et les carrefours, empressé, selon ma coutume, de venir vous rompre le pain de la parole, j'ai vu une multitude d'infortunés étendus par terre, les uns privés de leurs mains, les autres de leurs yeux, d'autres tout couverts d'ulcères et de plaies incurables, étalant aux regards publics les membres qu'ils devraient cacher dans l'état d'horreur où le mal les a réduits. Il y aurait de l'inhumanité, mes frères, à ne point vous parler des pauvres, surtout quand la circonstance actuelle nous en fait une loi si pressante. Si nous devons en tout temps vous exhorter à l'aumône, parce qu'en tout temps nous avons besoin de la miséricorde du Maître commun qui nous a créés, combien plus ne le devons-nous pas dans le froid rigoureux qui règne maintenant ? Pendant l'été, la saison même soulage les pauvres. Ils peuvent marcher nus sans péril; les rayons du soleil leur servent de vêtement. Ils peuvent coucher sur la terre, sans craindre que la fraîcheur des nuits les incommode. Ils n'ont besoin ni de chaussure, ni de vin, ni d'une nourriture abondante : une fontaine suffit à leur boisson; quelques herbes et quelques légumes, voilà leurs aliments, voilà les simples mets que la saison est toujours prête à leur servir. Un autre soulagement qui n'est pas moindre, c'est qu'ils ne manquent pas alors d'ouvrage. Ceux qui font bâtir des maisons, qui cultivent la terre, ou qui parcourent les mers, ont besoin de leurs bras. Les maisons, les champs, les héritages, sont la substance assurée des riches; les pauvres n'ont de revenus que ce qu'ils gagnent par leurs sueurs. Ainsi l'été, ils peuvent trouver encore quelque ressource; mais l'hiver, tout leur fait la guerre ; au dedans, la faim dévoré leurs entrailles; au dehors, le froid glace leurs membres, et rend leur chair presque morte. Il. leur faudrait plus de nourriture, des vêtements meilleurs, un toit, un lit, des chaussures, et mille autres nécessités. Ce qu'il y a de plus triste dans leur situation, c'est que la rigueur du temps leur ôte tout moyen de travailler pour se nourrir.

Puis donc qu'à présent leurs besoins se multiplient, puisqu'ils n'ont pas la ressource du travail, puisque personne ne loue leurs services et ne les emploie à aucun ouvrage, suppléons à tous les moyens qui leur manquent, engageons les personnes charitables à leur tendre la main, et prenons pour collègue de notre ambassade le bienheureux Paul, ce père tendre, ce grand protecteur des pauvres. En effet, ce grand apôtre s'est occupé de l'aumône plus que personne. Aussi quoiqu'il eût partagé avec Pierre les peuples chez lesquels ils devaient porter la prédication, il ne partagea pas le soin des pauvres ; mais après avoir dit : Les apôtres nous donnèrent la main à Barnabé et à moi, pour marque de l'union qui était entre eux et nous, afin que nous prêchassions l'Evangile aux Gentils et aux circoncis, il ajoute : Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu aussi grand soin de faire. (Galat. II, 9 et 10.) Partout dans ses épîtres, il parle de l'aumône, et il n'en est aucune où il ne recommande cette vertu. Il savait, oui, il savait combien elle a de pouvoir. C'est par là qu'il termine tous les avis qu'il adresse aux fidèles, c'est comme le faîte admirable dont il couronne un bel édifice. Ainsi, dans le passage que nous entreprenons d'expliquer, après avoir parlé de la résurrection, et avoir réglé tout le reste, il finit par l'aumône, et voici comme il s'exprime : Quant aux aumônes qu'on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Eglises de Galatie. Que le premier jour de la semaine chacun de vous.... (I Cor. XVI, et suiv.) Voyez la prudence de l'Apôtre, et combien il place à propos ses avis sur l'aumône. C'est après avoir parlé d'un jugement à venir, d'un tribunal redoutable, de la gloire dont les justes doivent être revêtus, et d'une vie immortelle, c'est alors qu'il s'occupe de l'aumône, afin que son auditeur, frappé par la crainte d'un jugement futur, animé et consolé par l'attente des biens que Dieu lui réserve, rempli d'heureuses espérances, reçoive ses discours avec plus d'empressement, Oui , sans doute, celui qui raisonne sur la résurrection; qui se transporte tout entier lui-même dans une autre vie, ne fera aucun cas des biens présents, ni des richesses, ni de l'opulence, ni de l'or, ni de l'argent, ni des délices, ni des habits magnifiques, ni des tables somptueuses; or, celui qui méprise tous ces avantages, se portera plus aisément à soulager les pauvres. C'est pour cela que saint Paul, après avoir bien préparé l'esprit des fidèles par des réflexions utiles sur la résurrection, leur donne ses avis sur l’aumône. Il ne dit pas : Quant aux aumônes qu'on recueille pour les pauvres, pour les indigents, mais : pour les saints, apprenant à ses auditeurs à respecter les pauvres lorsqu'ils sont vertueux, et à mépriser les riches lorsqu'ils méprisent la vertu. Il traite d'homme impur et pervers, même un empereur, lorsqu'il est ennemi de Dieu , et il nomme saints, même les pauvres, lorsqu'ils sont sages et bien réglés. Il appelle Néron un mystère d'iniquité : Le mystère d'iniquité, dit-il, agit dès à présent (II Thess. II, 7); et des hommes qui manquent de la nourriture nécessaire, qui l'attendent de la pitié publique, il les a appelés des saints. Il donne en même temps une leçon secrète aux riches; il leur apprend à ne pas concevoir d'orgueil, à ne point se prévaloir du précepte, comme s'ils soulageaient des êtres vils et méprisables, mais à se bien persuader eux-mêmes que c'est pour eux un très-grand honneur d'être jugés dignes de participer aux afflictions des pauvres.

2. Mais il est à propos d'examiner ce que saint Paul entend par le nom de saints; car ce n'est pas seulement ici qu'il en parle, mais encore ailleurs : Maintenant, dit-il aux fidèles de Rome, je m'en vais à Jérusalem porter aux saints les aumônes que j'ai recueillies. (Rom. XV, 25.) Saint Luc parle de ces mêmes saints dans les Actes, lorsqu'on était menacé d'une grande famine : Les disciples, dit-il, résolurent d'envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques aumônes aux saints de Jérusalem, qui étaient dans l'indigence. (Act. II, 29.) Et dans le passage que nous avons cité plus haut : Ils nous recommandèrent seulement, dit saint Paul, de nous souvenir des pauvres , ce que j'ai eu aussi grand soin de faire. Lorsque nous nous fûmes partagés les peuples, que j'eus pris pour moi les Gentils, et que Pierre eut pris les Juifs, nous réglâmes, d'un commun accord, que ce partage ne s'étendrait pas sur les pauvres. Lorsqu'il s'agissait de prédication , l'un prêchait aux Juifs, l'autre aux Gentils; mais lorsqu'il fallait secourir les pauvres, ce n'était plus la (147) même chose : l'un n'était pas chargé spécialement des pauvres parmi les Juifs, et l'autre des pauvres parmi les Gentils, mais ils s'occupaient tous deux, avec un grand soin , des pauvres de la Judée. C'est ce qui faisait dire à saint Paul : Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu aussi grand soin de faire. Quels sont donc les pauvres dont il parle ici, et dans l'épître aux Romains, et dans celle aux Galates, pour lesquels il exhorte encore les Macédoniens ? Ce sont les Juifs pauvres qui étaient à Jérusalem. Et pourquoi s'occupe-t-il d'eux avec tant d'attention? Est-ce qu'il n'y avait pas de pauvres et d'indigents dans chacune des autres villes ? Pourquoi donc n'envoie-t-il d'aumônes qu'aux pauvres de Jérusalem , et exhorte-t-il pour eux les fidèles des autres pays ? Ce n'est pas sans motif et au hasard, ni par acception de personne qu'il le fait, mais par raison d'utilité et de convenance.

Il est nécessaire de reprendre les choses d'un peu plus haut. Lorsque l'empire des Juifs fut tombé, lorsqu'ayant crucifié Jésus, ils eurent prononcé contre eux-mêmes cette sentence Nous n'avons de roi que César (Jean, XIX, 15), et qu'ils furent désormais soumis aux Romains, ils ne se gouvernaient plus par leurs propres lois comme auparavant, sans qu'ils fussent aussi assujettis que de nos jours; mais ils étaient au rang d'alliés, ils payaient tribut aux empereurs, et recevaient des gouverneurs choisis par eux. Cependant ils usaient de leurs propres lois dans plusieurs occasions, et punissaient leurs coupables suivant leurs anciennes ordonnances. Ce qui prouve qu'ils payaient tribut aux Romains, c'est que s'étant approchés de Jésus pour le tenter, ils lui firent cette demande : Maître, est-il libre ou non de payer le tribut à César? (Matth. XXII,17.) Jésus-Christ leur ayant fait montrer une pièce de monnaie, leur dit : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Saint Luc dit expressément que le temple était occupé par des chefs de troupes romaines. Ce sont là des preuves très-fortes que les Juifs étaient soumis aux Romains. Mais ce qui prouve qu'ils usaient souvent de leurs propres lois, c'est qu'ils ont lapidé Etienne sans le mener devant un tribunal, qu'ils ont fait mourir Jacques, frère du Seigneur, qu'ils ont crucifié Jésus-Christ lui-même, quoique le juge le déclarât purgé de toute accusation, et lui permît de se retirer. Aussi Pilate se lava-t-il les mains en disant : Je suis innocent du sang de cet homme (Matth. XXVII, 24); et comme il se vit pressé par les Juifs, il se retira sans prononcer. Les Juifs, de leur propre autorité, le condamnèrent, et firent le reste. Ils ont aussi souvent attaqué saint Paul. Comme donc ils se jugeaient eux-mêmes, il arrivait de là que ceux d'entre eux qui croyaient en Jésus-Christ avaient plus à souffrir que partout ailleurs. Chez les autres peuples, il y avait des tribunaux, des lois, des magistrats; et il n'était pas permis aux Gentils de faire mourir, de lapider ceux d'entre eux qui s'écartaient des usages, ou de leur faire quelque autre mal, de leur propre autorité; mais si l'on en surprenait quelqu'un à commettre quelque acte de violence contre la volonté des juges, il était puni lui-même. Les Juifs, au contraire, avaient pour ces sortes de violences illégales une entière licence. Aussi, je le répète, ceux d'entre eux qui avaient embrassé la foi étaient plus persécutés que les chrétiens des autres nations; ils étaient comme des brebis au milieu des loups, et ils ne trouvaient personne qui vînt à leur secours. Les Juifs battirent souvent de verges saint Paul, comme nous l'apprenons de lui-même : J'ai reçu des Juifs, dit-il, en cinq fois différentes, trente-neuf , coups de fouet; j'ai été battu de verges par trois fois; j'ai été lapidé une fois. (II Cor. II, 24 et 25.) Et pour preuve que nous ne parlons point par conjecture, écoutez ce que saint Paul écrit aux Hébreux : Rappelez en votre mémoire ces premiers temps, auxquels, après avoir été éclairés par la foi, vous avez soutenu de grands combats dans les afflictions que l'on vous a fait souffrir, ayant été d'une part exposés devant tout le monde aux injures et aux mauvais traitements, et de l'autre ayant été compagnons de ceux qui ont enduré de pareils outrages; car vous avez vu avec joie tous vos biens pillés, sachant que vous aviez dans les cieux d'autres biens plus excellents et plus durables. (Héb. X, 32, 33 et 34.) Il exhorte ainsi les Thessaloniciens, en les produisant pour exemple : Mes frères, leur dit-il, vous êtes devenus les imitateurs des Eglises de Dieu, qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ dans la Judée, ayant souffert les mêmes persécutions, de la part de vos concitoyens, que ces Eglises ont souffertes de la part des Juifs. (I Thess. II, 14.) Ainsi , comme les fidèles de Jérusalem avaient plus à souffrir que dans toute autre ville, qu'on les persécutait sans pitié, qu'on enlevait tous leurs biens, qu'ils étaient pillés partout, chassés de tous les lieux, c'est avec raison que saint Paul excite tous les peuples à les secourir. C'est ici encore en leur faveur qu'il exhorte les Corinthiens par ces paroles : Quant aux aumônes qu'on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Eglises de Galatie.

3. J'ai prouvé suffisamment quels sont les saints que désigne saint Paul, et pourquoi il s'occupe d'eux avec une attention particulière; il faut montrer maintenant pour quelle raison il parle des Galates; car, pourquoi ne dit-il pas: Quant aux aumônes qu'on recueille pour les saints, suivez cet ordre : que le premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu, au lieu de dire: Quant aux aumônes qu'on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Eglises de Galatie ? Pourquoi s'exprime-t-il de la sorte? Pourquoi ne parle-t-il pas d'une ou de deux villes, mais de tout un peuple? C'est pour que les Corinthiens montrent plus d'ardeur, et que les éloges donnés à d'autres soient pour eux un motif d'émulation.

Ensuite, il leur explique l'ordre qu'il voudrait établir : Que le premier jour de la semaine, dit-il, chacun de vous mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu ce qu'il pourra, avec l'aide du Seigneur, afin qu'on n'attende pas à mon arrivée à recueillir les aumônes. Le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le dimanche, le jour consacré au Seigneur. Et pourquoi a-t-il marqué ce jour pour les contributions de chacun? Pourquoi n'a-t-il pas dit : le deuxième jour de la semaine, le troisième, ou le dernier? Ce n'est pas au hasard et sans raison : il voulait tirer du temps même un motif pour les faire contribuer, avec plus d'ardeur, au soulagement des pauvres. La circonstance du temps fait beaucoup en toute chose. Et que fait, direz-vous, la circonstance du jour pour engager à faire l'aumône ? Dans le jour que marque l'Apôtre, on cesse tout travail; le repos rend l'âme plus gaie et plus contente. Mais, ce qu'il y a de plus important, c'est qu'en ce jour nous avons joui d'une infinité de précieux avantages. C'est en ce jour que la mort a été vaincue, la malédiction détruite, le péché aboli, les portes de l'enfer brisées, le démon enchaîné, une longue guerre terminée; c'est en ce jour que l'homme a été réconcilié avec Dieu, que notre race a recouvré son ancienne noblesse, ou plutôt est montée à un rang beaucoup plus sublime; c'est en ce jour que le soleil a vu un prodige merveilleux l'homme devenu immortel. C'est pour nous rappeler tous ces grands avantages, que saint Paul choisit le jour du Seigneur; il prend ce jour pour appuyer ses paroles, et il semble dire à chacun : Pensez, ô homme, de quels biens vous avez été comblé en ce jour, de quels maux vous avez été délivré; ce que vous étiez d'abord, ce que vous êtes devenu ensuite ! Si d'anciens esclaves honorent le jour où ils ont été mis en liberté; si nous honorons le jour de notre naissance; si les uns célèbrent des festins, si d'autres, plus généreux encore, font des présents; à plus forte raison devons-nous honorer le jour que l'on peut appeler le jour de la naissance de la nature humaine. Nous étions perdus, et nous avons été retrouvés; nous étions morts, et nous sommes ressuscités; nous étions ennemis, et nous avons été réconciliés. Nous devons donc honorer ce jour d'une manière spirituelle, non en célébrant des festins, non en nous livrant aux excès de la bouche et à des danses peu honnêtes, mais en tirant de la détresse nos frères indigents. Je ne vous fais pas ces réflexions afin que vous y applaudissiez, mais afin que vous agissiez d'après ce que je vous dis. Croyez que ce n'est pas seulement aux Corinthiens que s'adresse l'Apôtre, mais à chacun de nous et à ceux qui viendront après nous. Suivons l'ordre établi par saint Paul, et mettons à part, dans le jour du Seigneur, l'argent destiné pour le Seigneur. Faisons-nous en une loi et un usage invariable, et nous n'aurons pas besoin d'être animés ni exhortés. Une longue et ancienne habitude fait plus dans ces sortes de bonnes oeuvres que tous les discours et toutes les exhortations. Si nous nous faisons une règle de mettre quelque chose à part le dimanche pour le soulagement des pauvres, ce sera pour nous une loi que nous n'oserons enfreindre, quelque nécessité qui survienne.

Après avoir dit : Le premier jour de la semaine, l'Apôtre ajoute : chacun de vous. Je ne parle pas seulement, dit-il, aux riches, mais encore aux pauvres; non-seulement aux personnes libres, mais encore aux esclaves; non-seulement aux hommes, mais encore aux femmes. Que personne ne se dispense de cette bonne œuvre, que personne ne se prive du fruit qu'on peut en recueillir, mais que chacun contribue selon son pouvoir. Non, la pauvreté ne peut être un obstacle à une pareille contribution. Quelque pauvre que vous soyez, vous n'êtes pas plus pauvre que cette veuve de l'Evangile, qui donna tout ce qu'elle avait. (Luc, XXI, 2.) Quelque pauvre que vous soyez, vous n'êtes pas plus pauvre que cette veuve de Sidonie, qui, ne possédant qu'une poignée de farine, pressée par la faim, n'ayant rien en réserve, se voyant entourée d'enfants, ne se dispensa pas, s'empressa au contraire de recevoir le prophète. ( III Rois, XVII, 11.)

Mais pourquoi saint Paul a-t-il dit : mette à part chez soi, amassant peu à peu, à la lettre, thésaurisant. Comme celui qui mettait à part aurait pu avoir honte d'offrir une somme modique, c'est pour cela qu'il dit : Gardez chez vous ce que vous mettez à part, et lorsque vous aurez grossi la somme en mettant à plusieurs reprises, alors venez nous l'offrir. Il se sert du mot thésaurisant, afin de vous apprendre que cette contribution est un revenu, que cette dépense est un trésor, et le plus précieux des trésors. Un trésor terrestre est sujet à être pris, à être diminué, perd souvent ceux qui l'acquièrent; un trésor céleste est bien différent : on ne peut le perdre, il ne peut être pris par les voleurs, il est le salut de ceux qui le possèdent, il ne diminue pas avec le temps, l'envie ne peut nous en dépouiller, il est à l'abri de toute rapine, il procure mille biens à ceux qui l'amassent.

4. Suivons donc le conseil de l'Apôtre, et, selon qu'il nous le recommande, ayons en réserve dans nos maisons un argent sacré, qui soit comme la sauvegarde de nos fortunes particulières; car de même que l'argent d'un particulier, déposé dans le trésor du prince, participe à la sûreté de ce trésor, ainsi l'argent des pauvres, amassé peu à peu dans votre maison pendant tous les jours consacrés au Seigneur, fera la sûreté du reste; et vous serez vous-même le dispensateur de vos propres fonds, nommé par le bienheureux Paul. Que dis-je ? Ce que vous aurez amassé d'abord sera pour vous un motif et une occasion d'amasser davantage. Lorsque vous aurez pris une heureuse habitude, vous pourrez vous exciter vous-même sans que personne vous exhorte. Que la maison de chacun devienne donc par là une église, en devenant dépositaire d'un argent sacré, puisqu'une des marques auxquelles on reconnaît les églises ce sont les trésors qui en dépendent. Tout lieu où est déposé l'argent des pauvres est inaccessible aux démons; et cet argent vaut mieux pour garder les maisons et pour les défendre que les troupes de soldats, que les piques, les boucliers et les épées.

Après avoir marqué le temps et la manière d'amasser cet argent, et les personnes qui doivent être chargées de cet office, l'Apôtre abandonne la quantité à la volonté de ceux qui contribuent ; car il ne dit pas : Contribuez de tant, pour que le précepte ne soit pas à charge, et que les pauvres ne puissent pas se rejeter sur leur impuissance; mais il règle la grandeur de la contribution sur le pouvoir de ceux qui contribuent : Que chacun de vous, dit-il, mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu ce qu'il pourra avec l'aide du Seigneur, annonçant, par ces derniers mots, que le secours du ciel ne manquera pas ; car saint Paul ne cherchait pas seulement à faire secourir les pauvres, mais à les faire secourir avec joie. Il savait que c'est beaucoup moins pour le soulagement de l'indigence, que Dieu a ordonné l'aumône, que pour l'avantage de ceux qui la font. En effet, s'il n'eût pensé qu'aux pauvres, il eût simplement ordonné de les soulager, sans recommander de le faire avec joie; mais vous voyez que, dans plusieurs endroits, saint Paul insiste sur ce dernier point : Ne donnez pas, dit-il dans une de ses épîtres, ne donnez pas ce que vous avez envie de donner, avec tristesse et comme par force; car Dieu aime celui qui donne avec joie (II Cor. IX, 7) ; non simplement celui qui donne, mais celui qui donne avec plaisir. Que celui qui fait l'aumône, dit-il ailleurs, la fasse avec simplicité; que celui qui gouverne s'en acquitte avec vigilance; que celui qui exerce les œuvres de miséricorde, les exerce avec joie. (Rom. XII, 8.) La nature de l'aumône consiste à donner avec joie, et à croire qu'on reçoit plus qu'on ne donne. Aussi l'Apôtre emploie-t-il tous les moyens pour alléger le précepte, pour faire contribuer avec plaisir au soulagement du pauvre.

Et voyez en combien de manières il s'est efforcé d'ôter à l'aumône tout son fardeau. Premièrement, il ne fait pas contribuer une ou deux personnes, mais toute la ville; et le mot qu'il emploie signifie une contribution générale, où chacun donne pour sa part. Secondement, il fait valoir la dignité de ceux qui reçoivent ; car il ne dit pas : les pauvres, mais les saints. En troisième lieu, il anime par un exemple : Suivez l'ordre, dit-il, que nous avons établi pour les Eglises de Galatie. Ajoutons qu'il marque un temps favorable : Que le premier jour de la semaine, dit-il, chacun de vous mette à part. Cinquièmement, il ne fait pas donner toute l'aumône à la fois, mais partiellement et peu à peu; car ce n'est pas la même chose de donner tout en un seul jour, ou de distribuer la dépense dans plusieurs intervalles de temps, ce qui empêche qu'on ne s'en aperçoive. Sixièmement, il ne détermine pas la quantité de la somme, mais il s'en rapporte à la volonté de ceux qui donnent, et il déclare qu'ils auront l'aide du Seigneur; car telle est la force du terme dont il fait usage. Il ajoute encore un septième moyen : Afin, dit-il, qu'on n'attende pas à mon arrivée à recueillir les aumônes. Il excite les fidèles de Corinthe en même temps qu'il les console, en leur faisant espérer qu'ils ne tarderont pas à le revoir, et en leur fixant le terme où ils le reverront.

Enfin, il emploie un dernier moyen; et quel est ce moyen? Lorsque je serai arrivé, dit-il, j'enverrai avec des lettres de ma part, ceux que vous aurez choisis pour porter vos charités à Jérusalem. Que si la chose mérite que j'y aille moi-même, ils m'accompagneront. Voyez combien cette âme sainte et généreuse est modeste et éloignée de tout faste, combien elle est tendre et attentive ! Saint Paul se dispense de nommer lui-même, et à son gré, les dispensateurs des aumônes, il en abandonne le choix aux Corinthiens; et loin de regarder comme une injure qu'ils fussent choisis par eux et non par lui, il jugeait au, contraire peu convenable que faisant eux-mêmes les aumônes, un autre en nommât les dispensateurs. Il leur en laisse donc le choix, annonçant par là sa modestie, en même temps qu'il éloignait toute ombre de mauvais soupçon. Quoiqu'il fût plus pur que le soleil, et au-dessus de tout soupçon défavorable, il ne croyait pas pouvoir prendre trop de précautions pour ménager les faibles, et ne donner aucune prise à la calomnie. C'est pour cela qu'il s'exprime, comme nous avons dit plus haut : Lorsque je serai arrivé, j'enverrai ceux que vous aurez choisis pour porter vos charités à Jérusalem. Quoi donc ! Vous ne faites pas le voyage de Jérusalem, vous ne prenez pas l'argent, vous abandonnez cette fonction à d'autres ! Pour que cette idée ne pût pas ralentir leur ardeur, voyez comme il la prévient encore. Il ne dit pas simplement : J'enverrai ceux que vous aurez choisis; mais que dit-il? Avec des lettres de ma part. Si je ne les accompagne pas en personne, je serai du moins avec eux par mes lettres, et je les seconderai dans leur ministère.

5. Serions-nous dignes de l'ombre de Paul, serions-nous dignes de dénouer sa chaussure, si lorsque cet apôtre, qui jouissait d'une gloire si étendue, a dédaigné de recevoir de la part des fidèles des marques de considération, nous sommes fâchés et indignés que les administrateurs de l'argent des pauvres ne soient pas de notre choix, ne soient pas agréés par nous, nous regardons comme une injure que ceux qui donnent de leurs deniers pour de bonnes oeuvres ne nous consultent pas dans la manière de les administrer ?

Et voyez comme saint Paul est toujours d'accord avec lui-même, comme il ne se dément point. Le terme qu'il emploie pour exprimer les aumônes des Corinthiens est celui de grâce, annonçant par là que si ressusciter les morts, chasser les démons, guérir les lépreux, est une oeuvre de la grâce, soulager la pauvreté et tendre la main à l'indigence l'est beaucoup plus encore. Mais quoique ce soit une grâce, il faut le concours de notre zèle et de notre ardeur, nous devons y correspondre et nous en rendre dignes par notre volonté propre. Au reste, l'Apôtre console les Corinthiens; en chargeant de lettres de sa part les dispensateurs de leurs aumônes, et en faisant quelque chose de plus, en promettant de les accompagner dans leur voyage: Que si la chose, dit-il, mérite que j'y aille moi-même, ils m'accompagneront. Considérez encore ici sa prudence. Il ne refuse ni ne promet absolument de les accompagner; mais il abandonne encore ce voyage au choix de ceux qui font les aumônes, il les en laisse les arbitres, en leur faisant entendre que si ces aumônes sont assez considérables pour le déterminer, il se mettra volontiers en route. C'est là le sens caché sous ces mots : Que si la chose mérite que j'y aille moi-même. S'il avait refusé absolument, ou s'il n'avait promis que d'une manière équivoque et douteuse, il eût diminué le courage et ralenti l'ardeur des Corinthiens. C'est pour cela qu'il ne leur refuse ni ne leur promet absolument, mais qu'il les laisse arbitres de son départ. Sachant que Paul pourrait porter lui-même leurs aumônes, ils en mettaient à part les deniers avec plus d'ardeur, dans l'espoir que ses mains saintes pourraient en avoir l'administration, et qu'il joindrait ses prières à leur sacrifice. Ils pensaient qu'un apôtre chargé du monde entier, et du soin de toutes les Eglises que le soleil éclaire, ne s'engagerait pas à administrer une somme trop modique, une somme qui n'en vaudrait point la peine. Mais si les Corinthiens, qui devaient remettre leurs aumônes entre les mains de Paul, pour les porter à Jérusalem, en amassaient les deniers avec plus de zèle, quelle excuse vous restera-t-il, si vous balancez à faire l'aumône, lorsque vous devez donner votre argent au Maître de Paul, qui le reçoit lui-même par la main des pauvres?

Pénétrés de ces idées, soit que vous deviez donner aux pauvres en votre nom, ou leur distribuer les deniers d'autrui, ne le faites ni avec lenteur ni avec tristesse, comme si vous portiez atteinte à votre fortune. Le laboureur qui jette tout ce qu'il a de semence, loin d'être fâché et de s'affliger, loin de regarder cela comme une perte, le regarde au contraire comme un gain et un revenu, quoique ses espérances soient incertaines; et vous qui semez pour recueillir des fruits beaucoup plus précieux, vous qui confiez votre argent à Jésus-Christ lui-même, vous différez, vous balancez, vous prétextez le défaut de moyens ! Cette conduite est-elle raisonnable ? Dieu ne pouvait-il pas ordonner à la terre de produire de l'or pur ? Celui qui a dit : Que la terre produise de l'herbe verte (Gen. I, 11), et qui l'a montrée aussitôt revêtue de verdure, pouvait sans doute ordonner à tous les fleuves et à toutes les fontaines de rouler de l'or. Il ne l'a pas voulu, il a laissé beaucoup d'hommes dans l'indigence pour leur avantage et pour le vôtre; car la pauvreté est plus propre à la vertu que les richesses, et ce n'est pas une médiocre ressource pour ceux qui ont péché que les secours accordés aux indigents.

Dieu a si fort à coeur l'aumône, que lorsqu'il vint dans le monde, revêtu de notre chair et conversant avec les hommes, il ne regarda pas comme une honte, comme indigne de sa majesté, d'administrer lui-même les deniers des pauvres; cependant, lui qui avait créé assez de pains pour nourrir une grande multitude, qui n'avait qu'à ordonner pour faire ce qu'il voulait, qui aurait pu produire sur-le-champ d'immenses trésors, ne l'a pas voulu; mais il a ordonné à ses disciples d'avoir une bourse et de porter ce qu'on y mettait pour en secourir ceux qui étaient dans le besoin. Aussi, lorsqu'il parlait obscurément à Judas de sa trahison, les disciples, qui ne pouvaient comprendre ses paroles, crurent qu'il lui ordonnait de distribuer quelque argent aux pauvres, parce qu'il avait la bourse (Jean, XIII, 29), et que c'était lui qui portait ce qu'on mettait dedans. Dieu, oui, Dieu a fort à coeur la miséricorde, non-seulement celle qu'il nous témoigne à nous-mêmes, mais encore celle que nous devons montrer envers nos semblables. Il nous donne sur l'aumône une infinité de préceptes dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament; il nous commande de signaler notre amour pour les hommes par des actions, par des paroles, par d'utiles largesses. Moïse en parle fort souvent dans toutes ses lois; les prophètes nous crient, dans la personne de Dieu : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. (Osée, VI, 6.) Les apôtres agissent et parlent conformément à ce principe. Ne négligeons donc pas l'aumône, qui est si utile aux pauvres, et encore plus à nous-mêmes, puisque nous recevons beaucoup plus que nous ne donnons.

6. Ce n'est pas sans motif que je fais maintenant ces réflexions, mais parce que j'en vois plusieurs examiner scrupuleusement les pauvres, s'informer de leur patrie, de leur vie, de leurs moeurs, de leur profession, de l'état de leur corps, leur faire mille reproches, leur demander mille comptes de leur santé. Aussi beaucoup d'entre eux contrefont-ils des corps estropiés et impotents, afin de fléchir notre cruauté par les faux dehors d'une infirmité apparente. Il est mal de leur faire des reproches, même dans la belle saison, quoique cela puisse se souffrir; mais pendant le froid le plus rigoureux, se montrer à leur égard un juge si dur et si cruel, ne leur point pardonner de rester oisifs, n'est-ce pas le comble de l'inhumanité ? Pourquoi donc, dira-t-on, saint Paul donnait-il cette règle aux Thessaloniciens: Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger ? C'est afin que vous la connaissiez vous-même, cette règle, que vous vous adressiez à vous-même les paroles de l'Apôtre, et non pas seulement aux pauvres; car les préceptes de saint Paul ne sont pas seulement pour les pauvres, mais encore pour nous. Ce que je vais vous dire est un peu dur, et pourra vous déplaire ; je vous le dirai toutefois, puisque je vous le dis pour vous corriger, et non pour vous offenser. Nous reprochons aux pauvres la paresse, vice souvent excusable ; et nous, nous avons souvent à nous reprocher bien plus que de la paresse. Mais moi, direz-vous, j'ai un patrimoine. Mais parce que ce misérable est pauvre, et qu'il est né de parents pauvres; qu'il n'a pas eu des ancêtres opulents, doit-il donc périr ? Je vous le demande. Ne doit-il pas, pour cela même, surtout trouver de la compassion dans le coeur des riches ? Vous qui passez tous les jours dans les spectacles, dans des assemblées nuisibles, dans des sociétés d'où l'on ne retire aucun avantage, où l'on se permet mille traits de médisance et de calomnie, vous croyez ne rien faire de mal et n'être pas coupable de paresse, et un malheureux qui passe tout le jour à pleurer, à gémir, à supplier, à souffrir mille maux, vous le citez à votre tribunal, vous le jugez durement, vous lui demandez mille comptes ! Est-ce là, je vous prie, un procédé humain? Ainsi, quand vous dites : Que répondrons-nous à saint Paul? Adressez-vous les paroles de l'Apôtre à vous-même, et non pas aux pauvres. D'ailleurs, ne vous contentez pas de lire les menaces de saint Paul, lisez aussi ses paroles indulgentes. Le même apôtre qui dit : Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger, ajoute : Mais vous, mes frères, ne vous lassez pas de faire le bien. (II Thess. III, 12 et 13.)

Mais quel est encore un prétexte spécieux de nos riches impitoyables ? Ce sont, disent-ils, des esclaves fugitifs, des vagabonds, des étrangers, qui abandonnent leur patrie, et qui accourent dans notre ville. Eh quoi, mon frère ! Etes-vous donc fâché qu'on regarde généralement votre ville comme un port commun, qu'on la préfère à sa ville natale ? Voulez-vous lui ravir cette couronne ? Vous devez vous réjouir et triompher de ce que tous les malheureux accourent dans nos bras comme dans un asile commun, de ce qu'ils regardent notre ville comme leur mère et leur protectrice. Ne privez pas votre patrie du plus beau de ses éloges, ne lui enlevez pas une gloire qu'elle tient de ses ancêtres. Dans les premiers jours du christianisme, lorsque toute la terre était menacée d'une grande famine, les habitants de notre ville envoyèrent une grande somme d'argent, par les mains de Barnabé et de Paul, aux fidèles de Jérusalem (Act. 11, 30), à ceux mêmes dont nous avons tant parlé dans ce discours. Serions-nous donc excusables, si, lorsque nos ancêtres secouraient de leurs deniers des hommes éloignés de leur pays, et qu'ils allaient les chercher eux-mêmes, nous repoussions des misérables qui accourent à nous d'ailleurs, nous leur demandions un compte rigoureux; et cela, sachant que nous sommes coupables de mille crimes, et que si Dieu nous examinait avec la même rigueur que nous examinons les pauvres, nous n'obtiendrions aucune indulgence, aucune pitié. Vous serez jugés, dit l'Evangile, selon que vous aurez jugé les autres. (Matt. VII, 2.) Soyez donc humains et doux envers votre semblable, pardonnez-lui beaucoup de fautes, ayez compassion de lui, afin qu'on ait pour vous les mêmes égards. Pourquoi vous créer à vous-mêmes des embarras ? Pourquoi vous inquiéter vous-mêmes. Si Dieu vous eût ordonné d'examiner la vie de vos frères, de rechercher leurs moeurs, de leur demander des comptes, plusieurs n'auraient-ils pas été mécontents ? N'auraient-ils pas dit : Assurément Dieu nous a chargés d'une fonction fort disgracieuse et très-difficile? Pouvons-nous parvenir à connaître la vie des autres ? Pouvons-nous savoir les fautes que tel et tel a commises ? Plusieurs n'auraient-ils pas tenu ces discours et d'autres semblables? Et lorsque Dieu nous dispense de ces recherches pénibles, lorsqu'il promet de nous donner une récompense abondante, soit que ceux que nous soulagions soient bons ou méchants, nous nous formons à nous-mêmes des embarras. Et qu'est-ce qui prouve, direz-vous, que nous recevrons toujours notre récompense, soit que ceux à qui nous donnons soient bons ou méchants ? Ce sont les paroles mêmes du Fils de Dieu : Priez, dit-il, pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. (Matth. V, 44 et 45.) Suivez donc l'exemple de votre Seigneur et de votre Maître. Quoiqu'une infinité d'hommes le blasphèment, quoiqu'une infinité d'hommes se livrent à la fornication, aux vols, aux rapines, soient souillés de vices et de crimes, il ne cesse de les combler de biens, il verse sur eux des rayons bienfaisants, des pluies fécondes, tous les fruits de la terre, il leur donne mille marques de sa bonté et de son amour. De même vous, lorsque vous trouvez l'occasion d'exercer la miséricorde et de signaler votre bienfaisance, secourez le pauvre dans ses besoins, apaisez sa faim, délivrez-le de son affliction, n'examinez rien davantage. Si nous voulons rechercher la vie des malheureux, nous n'en soulagerons aucun ; arrêtés sans cesse par des inquiétudes déplacées, par des recherches hors de saison, nous ne produirons aucun fruit de miséricorde, nous ne secourrons personne, et nous nous fatiguerons en vain. Je vous exhorte donc à renoncer à des peines inutiles, à des soins superflus, à soulager tous ceux qui sont dans la détresse, et à leur procurer d'abondants secours, afin que, dans les jours de la justice, nous éprouvions l'indulgence et la miséricorde de Dieu, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui soient au Père et à l'Esprit-Saint, la gloire, l'honneur, l'empire, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.